Test :
Séries Occultes - La Petite Fille sans Visage

Temps joué : 1 h


Introduction

Séries occultes - La petite fille sans visage raconte l'histoire d'un duo d'enquêteurs paranormaux appelés à l'aide par une riche famille dont le château semble être hanté par des esprits frappeurs.

A l'aide de l'attirail de l'un et des dons de médium de l'autre, il vous faudra donc déambuler dans les couloirs de la sombre bâtisse pour percer le secret à l'origine de la peine de ces âmes.



Un joli logo Cake Games, un écran titre solennel qui semble faire des clins d’œils aux classiques du genre, et nous voilà partis pour cette aventure (pas toujours) fascinante.


Awards généraux

Gameplay (Note : 1,5/5)

Le jeu repose sur le système de base RMK3, et le gameplay se résume à parcourir le château de pièces en pièces, fouillant ses moindres recoins dans l'espoir de trouver indices où objets pour débloquer la suite de l'exploration.
On note l'ajout d'un joli menu personnalisé permettant de passer en revue ses objets et les documents glanés durant l'enquête. Quelques énigmes (qui sont plutôt des prétextes pour fouiller) viennent ponctuer la chose, sans grand succès.

C'est à peu près tout. Pas de prise de risque, donc, pas de mécanique particulière, rien de bien transcendant concernant l'aspect ludique au sens propre du terme. On ne peut pas mourir, de toute façon, donc rien à perdre, et on se retrouve à errer dans ce château en tapant sa tête sur la touche espace pour se faire décrire tout ce qui bouge (et ce qui ne bouge pas).
Parlons en, tiens, de ces descriptions. Si elles sont bien rédigées, le problème c'est qu'après un moment, on a cette impression là :

"C e - s o n t - d e s - b o u t e i l l e s - d e - v i n."
Charles Peterson


C'est lent. Pour les dialogues, je comprends, c'est bien, ça met du rythme. Mais à revoir pour les descriptions. Pour un jeu où il faut fouiller, ça en devient punitif et dévalorisant.

On a vite cette impression, donc, que le gameplay au sens propre du terme, nos deux auteurs l'ont un peu délaissé, et que ce qu'ils veulent, c'est plutôt vous transporter dans un monde bien à eux, vous faire ressentir le reste par la narration et l'atmosphère.

Histoire (Note : 2,5/5)

L'histoire de notre duo commence plutôt bien. On est dans un train, c'est classieux et cinématographique, les dialogues sont minimalistes.


Scène d'ouverture dans le train plutôt convaincante.


Le duo arrive au château mais leurs hôtes sont absents. C'est mystérieux, et on sent vite des bases solides rappelant quelques romanciers Anglais qui me sont chers. L'exploration commence alors. Surviennent des bruits, des portes qui claquent, des ombres qui bougent (très jolies, au passage), bref, les emmerdements.
Ensuite, sans grande surprise, on entend la petite fille, et il y a tout ce truc avec cette poupée qui bouge, disparaît ici et apparaît là-bas, et des papiers sur lesquels sont écrits "Tu veux jouer avec moi ?"

La thématique du paranormal est une pente glissante, et j'ai le sentiment nos deux auteurs l'ont dévalée tant bien que mal avec ce fantôme un peu banal.
Les dialogues sont bien rédigés, sans fautes, mais neutres, et arrachent aux personnages la personnalité qu'on leur avait prêté.
La mise en scène est peaufinée, et on sent un véritable background historique suinter des murs et des document du château ! Le passé douloureux de cette famille d'aristocrates est palpable. Alors pourquoi se contenter de ce fantôme de série B ?

Le gameplay étant relativement absent, le jeu repose sur la narration. Mais une narration avec un scénario qui s'annonce peu original.
J'espère vraiment que l'histoire va prendre un tournant plus pétillant dans la version complète, car j'ai fini la démonstration dans l'espoir de tomber sur une chute, quelque chose d'autre. A bien séparer de l'univers, qui est abouti, je parle ici simplement de la structure dramatique et la façon dont elle est illustrée.

Ce scénario n'est pas à la hauteur de l'univers mis en place par nos deux artistes.

Ambiance et immersion (Note : 4/5)

L'ambiance de de ce jeu est très réussie. Je n'ai personnellement pas eu peur (sans doute parce que c'est la énième histoire couplant fantôme/petite fille/poupée dont j'entends parler), mais j'ai été convaincu par le mystère se dégageant de ces murs. Il y a la un vrai travail.

Si ce mystère ambiant repose d'abord sur le très minutieux boulot appliqué aux graphismes, ce n'est que d'autant plus vrai pour le son, et c'est une belle expérience audiovisuelle. La musique, bien choisie, utilisée avec finesse et parcimonie, contribue grandement à l’homogénéité du jeu.
La phase lampe torche est très belle et rend plus mystique encore ce passage à une autre partie du château, symbolisant un peu la sortie du monde des vivants.


Ce genre de vision a fait chauffer mon imaginaire

Pourvu que vous n'êtes pas épileptique, vous pourriez aussi apprécier la scène où Emilie parcourt une pièce dont la lumière déconne. Un grand classique, mais qui prouve que le clair/obscur, c'est une valeur sûre.

Bref, un gros travail sur l'ambiance. Je crois qu'ici aussi, le jeu porte la signature de deux artistes qui savent ce qu'ils font. Car malgré le scénario banal, on arrive quand même à être pris par le mystère ambiant, et c'est, je crois, la plus grande réussite de ce jeu.

Graphismes (Note : 3,75/5)

Si le style et la palette de couleur ne sont pas si novateurs, déjà vus ici et là, dans d'autres jeux RMK3 et surtout dans le thème de l'épouvante (je pense à Taut, un jeu datant d'il y a déjà quelques années), le travail réalisé ici est intéressant.


C'est beau.


Le jeu est uniforme, terne au bon sens du terme, tout de brun et de gris, et les couleurs s'épousent à merveille. Parfaitement au service de l'atmosphère mystérieuse qui plane dans ce château d'un autre âge, les graphismes ont étés concoctés avec amour et minutie. Les lumières sont superbes (la lampe torche, au passage, très classe), la brume blanchâtre des quelques cadres d'extérieur illustre le glacial et le fantomatique.

Les illustrations (documents,peintures,etc) que l'on examine sont parfaitement cohérentes avec l'identité du jeu, et finalement, dans la succession de plusieurs tableaux parcourus par le joueur, ressort cette impression d'être face à une gigantesque peinture.

Bref, du bon travail, malgré la vague impression de déjà vu.

Bande-son (Note : 4/5)

Si les graphismes de cette courte expérience sont plutôt majestueux, les sons ne sont vraiment pas en reste, et pour le plaisir de vos oreilles là aussi un gros travail a été fourni.

Je vous conseille d'ailleurs de mettre votre casque pour savourer l'univers sonore qui a été mis en place. En terme de musique, c'est minimaliste et raffiné, approprié, bref, du bon goût en général. Agréable de pouvoir savourer un jeu disposant de ses propres compositions qui sont en plus de qualité. Cordes et sons psychédéliques seront l'orchestre de cet univers que les auteurs ont bien pensé.

La plupart des actions sont bien illustrées et les détails ne sont pas en reste. En plus du son des pas sur le plancher, discrets mais pesants (un incontournable de l'épouvante qui a été respecté), on appréciera les portes grinçantes et autres craquements de la demeure qui semblent témoigner de son épouvantable passé.
Autre détail qui joue, le petit clic de la lampe torche à chaque fois qu'elle s'allume (pourtant automatiquement), les pages des livres feuilletés, et toute une pléiade d'interactions bien illustrées.

Rien à dire, sons et musiques font leur boulot d'anxiogènes, sans aucun doute un des meilleurs points de ce jeu.


Awards spécifiques

Level-design (Note : 2,5/5)

Le Level Design de Séries Occultes est selon moi un peu perdu entre la création d'une atmosphère d'une part et l'élaboration du parcours du joueur d'autre part.

Au début de l'aventure, on est lâché dans ce château vide, contraint d'explorer sans aucun fil conducteur la multitude de pièces déjà accessible, se contentant finalement de chercher le prévisible événement qui déclenchera la suite. Favorisant donc l'exploration, cette entrée en matière est chaotique mais passera comme une lettre à la poste
pour peu qu'on se prenne au jeu et qu'on aime fouiller dans les vieux documents.

Un des premiers problèmes réside dans le placement des portes et issues difficilement lisible, sans doute à cause du chipset employé.

Dans la mesure où le joueur ne court aucun véritable danger, comme cité dans le paragraphe gameplay, et qu'il devient vite clair que les événements divers sont pour la plupart au simple service de l'ambiance, la qualité de l'avancée en prend un coup. Pas facile de captiver un joueur lorsqu'il est le seul moteur de progression et qu'il n'existe aucune contrainte au sein du Gameplay.

Le passage lampe-torche vient tant bien que mal rehausser le niveau de l'exploration mais là aussi, aussi joli soit le décor, il laisse bien souvent place à l'ennui. Dommage que le Level Design, plein de bonnes idées, soit le bouc émissaire d'un gameplay grégaire.

Systèmes (Note : 0/5)

(Ce jeu ne participe pas à cette catégorie compétitive)



Mise en scène (Note : 3,75/5)

Que ce soit à travers l'introduction où via les événements paranormaux, la mise en scène dépeint plutôt bien l'univers de Séries Occultes. Les dialogues desservent bien la maturité générale des personnages, bien que leurs caractères ne soient pas exprimés à travers les répliques.

J'ai trouvé que la plupart de leurs actions étaient bien illustrées. Quelques animations viennent étoffer leurs actions et certains détails ajoutent un petit degré de réalisme (le fait que Charles se promène avec sa valise avant de l'avoir posée, par exemple) dont bénéficie grandement la mise en scène.

En ce qui concerne les événements paranormaux en général, je dirais qu'ils sont parfois un peu trop lisibles (telle case franchie déclenche telle apparition) et qu'on a vite tendance à simplement chercher le déclencheur suivant pour avancer. Cependant, les événements en eux même sont de bonnes qualité. D'ombres angoissantes en portes qui claquent, en passant par de simple objets qui se sont déplacés, c'est bien fignolé, le travail sonore est justifié et tout est assez raffiné.
Cependant, certains événements sont inutilement commentés par les personnages, brisant l'immersion pourtant aboutie dans lequel le joueur avait été plongé. Je crois qu'il aurait fallu parfois laisser le joueur face à son propre doute et ses pensées faire le reste du travail. La peur, c'est l'inconnu, et le silence des protagoniste aurait de temps en temps été plus bénéfique.

Malgré ce dernier point à améliorer si possible, j'estime que la mise en scène reste au service de l'atmosphère et de l'intrigue tout au long de l'expérience. Ne pas hésiter à épurer encore plus les dialogues quand les personnages explorent, laissant le joueur seul face au mutisme pour développer ses propres angoisses.

Univers (Note : 3,75/5)

L'univers de ce jeu est intéressant,(malgré ma dent contre le fantôme trop banal à mon goût) peu traité en général, et repose sur des bases historiques solides.

Le monde qu'on visite ici semble tout droit sorti de la cervelle d'un romancier où d'un écrivain gothique. Car si les personnages principaux ne semblent pas vraiment creusés (en ce qui concerne cette démo), ça passe presque pour une des caractéristiques de certains romans d'enquête axés sur les faits plutôt que les émotions.
Le château est bien sûr un excellent point de chute pour ce genre d'histoire, et les auteurs l'ont bien compris. La preuve, en dessous du torchon qui sert de scénario, on ressent qu'un véritable background a été réfléchi. Ce sont deux choses à ne pas mélanger.

De la composition de cet univers suinte un amour pour les vieilles histoires de famille, les drames de vies déchirées par des faits historique (la révolution française, ici la terreur pour les intimes), et ce à travers les dizaines de noms cités. Entre mariages, peintres, titres de noblesses, régions Françaises, naissances et autres citations, le tout avec des dates à la clé, on a vraiment l'impression d'y être. C'est d'ailleurs un gros plus pour l'atmosphère du jeu, feuilleter les bouquins éparpillés dans le château est assez intéressant.


Joli travail qui étoffe le passé du château et donc l'univers du jeu.


Le moins, selon moi, c'est la banalité de l'aspect paranormal, qui semble si pauvre par rapport à la solidité de tout le reste. La volonté de base était peut-être de faire quelque chose de réaliste, mais c'est un chemin que j'ai eu du mal à suivre. Ce fantôme du dimanche n'est pas à la hauteur.

Une note positive, malgré ça, car j'ai un profond respect pour le travail du background historique accompli ici, n'étant d'ailleurs pas sans me rappeler l'incontournable Amnesia.

Personnages (Note : 0/5)

(Ce jeu ne participe pas à cette catégorie compétitive)



Introduction (Note : 2,75/5)

Séries Occultes commence plutôt bien. La mise en scène, bien pensée, est au service de l'immersion, et le train s'avère être un excellent choix de lieu initial et ce parce qu'il en dit beaucoup sur la situation sans nécessiter un flot de paroles superflues.
Cette introduction qui ne révèle pas grand-chose pour rester dans le mystère amène notre duo de protagonistes
Droit au but. Le château est vide, épargnant là aussi nombre de boîtes de dialogues inutiles.

Malgré le soin apporté ici aussi, l'introduction se distingue difficilement, et même si j'apprécie son minimalisme, elle ne nous apprend pas grand-chose de très utile, finissant par se retrouver elle aussi au simple service de l'ambiance, et c'est tout.

Graphismes originaux (Note : 2,5/5)

Séries Occultes affiche un pixel art indéniablement travaillé et sombre, tout à fait au service de l'ambiance. Rien de vraiment très original dans le style graphique de ce jeu, mais plutôt un impressionnant travail sur les détails ainsi que sur la cohérence générale du projet.

Difficile cependant de ne pas tilter en ce qui concerne quelques frappantes similitudes entre Taut (un autre bon jeu d'épouvante fait en 2007) et Séries Occultes. Certaines lumières sont tout simplement les mêmes (les mêmes fichiers, j'entends bien). Hommage ? Inspirations ? Sans accuser personne, je dirais que ces ressemblances viennent troubler la notion du personnalisé et du non personnalisé, altérant ma vision générale des graphismes custom de Séries Occultes.

Tout est en tout cas peaufiné avec soin. J'ai notamment adoré le travail effectué sur les divers documents que le joueur peut analyser, véritablement au service d'un univers vieillot et poussiéreux, où encore les animations des charsets variées.

Je dirais pour conclure ce paragraphe que nous sommes face à un indéniable travail visuel mais que je me vois contraint de prendre en compte les gênantes similitudes avec Taut, qui a sans doute simplement inspiré nos auteurs, mais qui n'avait pas été crédité où cité en premier lieu.




Musiques originales (Note : 3,25/5)

Les quelques titres originaux de Séries Occultes sont plutôt bien faits, se voulant minimalistes et pesants, pour se mettre au service du thème de l'épouvante. Majoritairement fait de cordes et des divers sons glauques, ça fonctionne bien. Il est d'ailleurs intéressant de noter qu'en jeu il n'y a que peu de musique où alors discrètement amenée. C'est sans aucun doute une preuve de finesse.

Dans les dialogues, un thème plus rassurant vient chanter dans les oreilles du joueur et tout est relativement soigné. Ce pendant, ce ne sont que quelques titres dont la quantité n'est pas significative et ne venant pas grandement influencer la qualité du jeu, même si c'est bon de savoir qu'ils ont été faits pour l'occasion.

A mon avis, le chemin pris ici est le bon et j'espère que les titres originaux continueront à être composés dans la suite du développement.


Conclusion (Note totale : 3,25/5)

Séries occultes n'ayant pas vraiment un scénario coup de poing, un gameplay nul au sens mathématique du terme, basant son expérience de jeu sur l'exploration d'un univers se voulant froid et angoissant, tout repose entièrement sur son atmosphère travaillée et son background (univers) de drame familial.

J'ai trouvé le travail accompli sur ces deux derniers points particulièrement impressionnant (j'adore les intrigues tournant autour de faits historiques) mais je pense qu'il faudrait vraiment se pencher sur l'aspect jeu vidéo au sens ludique du terme pour développer à la fois l'angoisse et le mystère.

Pour conclure, je dirais donc primo que Séries Occultes mérite un scénario digne de ce nom, des phénomènes paranormaux plus originaux (il faut arrêter avec ces histoires de petite fille fantôme, les deux cerveaux qui ont pondu cet univers devraient être capable de trouver des idées vraiment originales!), étoffant au passage ces deux protagonistes un peu plats.

Deuxièmement, pourquoi ne pas tenter la prochaine fois d'incorporer un vrai gameplay plus en accord avec les
thématiques abordées et surtout à la hauteur de cet excellent travail artistique ?

Un bon projet à suivre de près en tout cas.


Remarques diverses

J'ai eu un tout petit problème de couleur de transparence avec l'un des Charsets de Charles. A un seul moment du jeu, lorsqu'il tourne la tête vers la droite, le rouge du fond du fichier apparaît, à corriger lorsque vous aurez le temps.

Quelle note donneriez-vous à ce test ?

Ce test est-il bien rédigé, compréhensible, complet, respectueux ?

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