Test :
Shadows Of Sun
Par CGK
L'état d'esprit du concours a changé au cours des années. Certains tests du passé peuvent avoir un franc parler mais aussi un caractère choquant. Nous nous excusons d'avance pour cela.
Shadows of Sun

Très bonne surprise de l'an dernier, la démo de Shadows of Sun s'est fendue d'une deuxième version, plus longue et disposant de plusieurs fonctions. C'est donc le moment de voir si Pagno et Valv ont tenu leurs promesses, en continuant sur leur lancée de l'année précédente.


Scénario : Après une introduction trainant un peu en longueur, on se retrouve aux commandes d'un drôle de gaillard amnésique coiffé d'une crête de poule, qui se réveille juste après le départ de mages louches, chassés par un guerrier au tempérament de feu. Un petit tour dans la ville, et zou ! Notre personnage est enlevé par des types en noir, et on s'intéresse alors au destin d'une jeune fille habitant le petit village campagnard de Direim. Inévitablement, les événements vont s'enchaîner jusqu'à la rencontre entre les deux jeunes gens, qui vont s'orienter vers une quête riche en rebondissements dont dépend l'avenir du monde.

Présenté ainsi, le scénario semble passablement classique, mais il n'en est rien. Les ficelles scénaristiques employées sont de très bonne facture, et on est très vite immergé dans une aventure dont on ne souhaite pas voir la fin arriver trop tôt. On s'attend rarement à ce qui va arriver, et des idées très originales sont utilisées. Qui plus est, l'aventure est ponctuée de quêtes annexes qui augmentent grandement la richesse du scénario.

Univers : L'univers de Shadows of Sun est vraiment le point fort de ce jeu. Imaginez un monde où cohabitent trois races humanoïdes, humains, trolls et lutins, chacun avec leurs caractères et leur attributions propres, à l'inverse de certains jeux où les elfes sont uniquement là pour décorer dans un univers très orienté humain. Imaginez que ce monde abrite beaucoup de mystères, comme Aegrunta la cité suspendue, ou encore la bête qui dort dans le soleil. Imaginez un monde où la Mort tient un bazar dans l'au delà, et répare sa machine à magies à coups de faux... Hé bien cet univers, le monde d'Ok-Pemlat, vous ouvre grand ses portes, et en fanfare, s'il vous plaît.

A mesure que vous progresserez dans le jeu, vous pourrez en apprendre plus sur ce monde, sa génèse, ses habitants, ses mystères, ses lutins débiles... De plus, vous pourrez admirer avec quel souci du détail ce monde a été créé. Sur chaque carte, on peut admirer une profusion d'éléments aléatoires animés, comme un voyageur qui traverse la ville à cheval, descend de sa monture et part prendre une chambre à l'auberge, ou des ouvriers transportant des marchandises dans une ville, ou bien encore des créatures peu rassurantes qui vous filent sous le nez dans les marais... Ca change des PNJs pots de fleurs qui squattent toujours le même trottoir en se grattant l'oreille lorsqu'ils vous disent bêtement que vous êtes le bienvenue à Tartuffe-Ville.

Enfin, la taille des villes, villages et autres lieux est nettement revue à la hausse par rapport au modèle squarien (1 auberge, 1 forge, 1 bazar et la maison du maire). Les villes sont dignes de porter ce nom, au vu de leur aille et de l'animation qui y règne. Les lieux extérieurs, comme ls marais, ne se résument pas à 3 maps en 50*50, mais à de vastes étendues puantes, très détaillées, et fourmillant de créatures peu calines.

En bref, un univers immersif, qui, une fois qu'il vous aura pris, ne vous lâchera pas de sitôt.

Dialogues et mise en scène : Encore un très bon point. Les dialogues sont riches, rythmés, et présentent peu de fautes d'orthographe (il y en a quand même quelques unes !!!!) Qui plus est, ils ont une bonne dose d'humour, et se rapprochent des dialogues que des personnes de l'âge des protagonistes (environ 20 ans) pourraient tenir. Orianne, par exemple, n'a pas sa langue dans sa poche et fait au moins aussi bien que les marins de Dilop.

La mise en scène, à l'image de l'univers, est enrichie de très nombreuses animations, voire parfois même de cut-scenes très bien réalisées. Jamais on ne se contente d'un classique face à face entre PJ/PNJ, il y a toujours une animation qui traine. Petit bémol : certaines scènes trainent inutilement en longueur, par exemple, lorsque les lutins quittent l'auberge de Direim.

Personnages : Les Pjs et les PNJs ont tous un caractère bien à eux. Torin, le personnage principal, court après son passé, mais il est d'un tempérament assez calme. Face à son amnésie, il ne semble pas paniqué, juste intrigué. Il a le pouvoir de voir la mort, et de lui parler. Il semblerait même qu'elle l'ait à la bonne.

Orianne, fille d'aubergiste, est la seule survivante de la destruction de son village par des lutins mages drôlement maladroits. Elle s'est jurée de venger sa famille et son village, et reçoit l'enseignement d'un maître d'armes arrivant après le massacre. Elle est plutôt impulsive, avec un langage riche en jurons et une force de caractère incroyable.

La mort est mon personnage préféré. Pagno et Valv ont eu une riche idée de la mettre en scène de cette façon. Feignante, râleuse, intéressée par le profit et par la déesse de la fécondité, elle a un côté sarcastique très sympa.

De façon générale, les lutins sont très tournés vers leur petite personne, aiment les fringues ridicules et les danses ridicules. Les trolls sont des butors finis, avec un cerveau de la taille d'un pois chiche mais leurs bras sont aussi gros que les cuisses du héros... Donc interdiction de se moquer.

En bref, un clique de personnages tous aussi intéressants les uns que les autres, qu'on a plaisir à incarner et à rencontrer.


Graphismes : Tous les graphismes de Shadows of Sun sont custom, et ceci donne un cachet très particulier à ce jeu, accélérant le processus d'immersion. Des chipsets aux charsets en passant par les animations de combat, les cut-scenes et autres panoramas, tout a été dessiné par Valv dans un style plutôt original et sympathique, assez différent de celui des RPGs japonais sur 16 bits, bien que de moins bonne qualité. J'y reprocherai surtout une certaine grisaille alors que les couleurs sont généralement flashies dans ce genre de jeux.

Les charsets sont parfois originaux, souvent dérivés de modèles existant dans les RTPs/rips, mais tout a été retravaillé par le graphiste. Les personnages disposent de nombreuses poses personnalisées, des uniformes permettent de reconnaître les différents représentants de l'ordre. Un défaut cependant : l'animation de marche de certains persos laisse parfois à désirer. Les graphismes des cut-scenes sont jolis, même si parfois l'animation est imprécise (par exemple, pour le dirigeable dans la scène finale).

Programmation : Qu'il s'agisse des mini-jeux, du CBS ou des scènes, l'auteur semble maîtriser parfaitement la programmation. Très peu de bugs sont décelables, on sent que la chasse au vilain petit insecte a été ardue. Le programmeur s'est même permis de réaliser plusieurs systèmes assez complexes qui font de Shadows of Sun un jeu très évolué techniquement.

Gameplay : Le gameplay est très agréable, et se base sur un CBS associé au menu de base de RPGMaker (un des rares morceaux non-custom, ce qui fait que SoS n'est pas 100% custom, pub mensongère !!!) Le CBS est classique, en vue de côté, et au tour par tour. Il n'y a pas donc pas d'ATB, ce qui n'est pas un gros problème. Les animations de combat, par contre, sont de toute beauté. J'apprécie l'idée des phyres et de la forge.

L'intelligence artificielle des ennemis n'est pas mauvaise, sans toutefois être exceptionnelle. Le système de combat possède tout de même quelques lacunes, entre autres la grande variabilité des dommages infligés (parfois 100 pts de dégat d'écart entre deux blessures successives, sur le même ennemi, avec le même niveau et dans les mêmes conditions) et aussi un petit truc agaçant : le nom des ennemis morts apparaît toujours dans la sélection des ennemis, et même s'il les tient pour mort, c'est assez lourd.

La difficulté est à un niveau plutôt élevé, c'est parfois même trop difficile au début. S'entraîner est indispensable pour avancer dans le jeu, et certains monstres ne s'y prêtent guère (ne sortez pas des routes avant un niveau 8-10, sinon les bandits vous mettront en pièces.

Les mini-jeux : On trouve quelques mini-jeux intégrés à l'histoire. Ils sont de bonne facture, mis à part l'ignoble jeu de la corde, qui donne (excusez le jeu de mot) envie de se pendre. J'aime particulièrement le jeu où il faut aider Damino le lutin à échapper à la milice.

Humour : Mine de rien, Shadows of Sun est très second degré, et je dois avouer que j'étais mort de rire devant mon clavier plusieurs fois. En particulier lors de certaines scènes avec la mort... Cette vieille dame est vraiment impayable. En tout cas, la petite note d'humour désinvolte est un sacré plus, et donne beaucoup de dynamismes, surtout dans les dialogues.

Musique et sonorisation : Toutes les musiques ont été composées par Pagno, et c'est l'autre point fort de ce jeu. J'ai vraiment accorché ces musiques, elles m'ont un peu fait penser aux musiques de LBA, jeu immersif s'il en est. Bien sûr, les musiques participent à l'immersion dans le jeu, et elles s'ajoutent à ce style « Shadows of Sun » si particulier et si agréable. De plus, elles collent toujours à la scène où elles sont présentées, et sont de style assez diversifié, allant de la ballade mélancolique à la gigue endiablée lors des combats.

La sonorisation est aussi très soignée, et a été choisie avec intelligence, ce qui évite les bruits agaçants lorsqu'on valide...

Durée de vie : LE point noir du jeu : à peine 6 heures de jeu, ce qui est déjà beau pour une démo, mais qui se révèle décevant, particulièrement à cause de la fin de la démo, un peu en queue de poisson. Le fait de savoir qu'il n'y aura jamais de suite est vraiment déprimant .


Conclusion : Un très bon jeu, digne de figurer dans la ludothèque de tous les amateurs de RPG. Jusqu'au bout, les auteurs ont fignolé leur bébé de manière à procurer au joueur le maximum de plaisir, et n'ont pas regardé à la dépense côté travail et côté imagination. Seul grosse déception : cette démo n'aura jamais de suite !

Quelle note donneriez-vous à ce test ?

Ce test est-il bien rédigé, compréhensible, complet, respectueux ?

Vous devez être connecté sur le site pour mettre une note !